Axe 4 - paradigmes contemporains de la recherche et de l'action scientifiques

Face aux changements globaux, nos sociétés disposent de réelles capacités de résilience trouvant l’un de leurs principaux fondements dans l’innovation scientifique, technique, économique et sociale : c’est là le postulat de départ des trois premiers axes de la MSH Sud. Cette vision, qui implique un certain virage vers une meilleure résonance de la recherche avec les grands enjeux de société actuels, suppose par là-même l’appropriation de nouveaux outils et méthodologies de travail, et au-delà, une véritable (r)évolution pratique et théorique.

Aujourd’hui, depuis la conception d’un projet de recherche jusqu’aux modes d’administration et aux critères d’évaluation des résultats, c’est toute la recherche qui semble en effet bouleversée par l’apparition de « nouveaux » paradigmes, s’incarnant dans quelques mots dont l’usage – à tout le moins – paraît désormais incontournable : interdisciplinarité, valorisation, recherche-action participative, transferts, numérique, innovation… Au-delà, ce sont bien souvent des lignes de partage anciennes, organisant le champ scientifique, qui s’en retrouvent ravivées et réaménagées. Pour la MSH Sud, cet essor de ce que l’on qualifie souvent de mode 2 de la recherche (recherche sur projets, visée pratique, structuration interdisciplinaire…) n’implique pas la fin de la recherche fondamentale et disciplinaire. Bien au contraire, nous concevons la recherche-action, interdisciplinaire et sur projets – au fondement de l’action de notre MSH –, comme une courroie de transmission et une caisse de résonance pour les méthodologies et résultats de la recherche en direction des mondes extérieurs à la communauté scientifique du site.

Derrière les mots, les enjeux sont en effet d’importance et concernent tout autant la communauté scientifique que la société toute entière ; pour autant, il est souvent difficile d’en prendre la mesure, d’où la nécessité de soutenir la création d’espaces mutualisés, interdisciplinaires et interinstitutionnels, dédiés à la co-construction de cadres théoriques et pratiques – éthiques en somme – pour les grands paradigmes éclairant aujourd’hui la recherche et l’action scientifiques. C’est là l’une des vocations premières de la MSH Sud, qui encourage ici tout particulièrement les projets ayant une forte dimension épistémologique, réflexive et prospective, éthique et responsable, s’inscrivant notamment dans les directions suivantes et non exhaustives :

Il s’agit ici d’impliquer la communauté scientifique du site dans le processus déjà engagé de construction théorique de la démarche interdisciplinaire. Parfois perçue, dans le monde de la recherche, comme un instrument de déstructuration et de déchéance des disciplines, l’interdisciplinarité peut au contraire être vue comme l’un des principaux lieux de l’innovation disciplinaire (outil de démarcation des disciplines, de renouvellement de leurs méthodologies, et d’extension de leurs domaines de juridiction à de nouveaux objets). Pour ce faire, la démarche interdisciplinaire doit être construite – volontairement et ensemble – entre chercheurs – avec des approches et des langages différents – partageant – sans toujours le savoir – des objets de recherche – relativement – proches : c’est dans ces nuances qu’est le défi de la démarche de synergie dont la MSH Sud se propose de devenir un laboratoire pratique et théorique.

La « valorisation » est aujourd’hui envisagée comme une démarche globale et intégrée devant éclairer la recherche à tous les stades de son développement, depuis l’élaboration du projet de recherche jusqu’au transfert des données produites vers la société. Pour autant, elle est rarement définie : circonscrite a minima comme une démarche d’ouverture de la science vers la société, elle peut être sensiblement proche des objectifs et conditions de la recherche-action participative ou collaborative ; à l’opposé, dans certaines définitions plus restrictives, elle paraît limitée à sa seule dimension marchande. Quel périmètre et quelles limites pour la valorisation ? Quid du statut du chercheur et/ou du citoyen dans la recherche collaborative ? Quels droits de propriété et modes de partage ? Comment conserver une certaine maîtrise des modalités de transfert et de transmission de sa recherche ? Telles sont quelques-unes des questions posées ici par la MSH Sud.

Le numérique ne se valorise et ne valorise réellement les chercheurs qui le mobilisent que dans la mesure où ces derniers participent à la co-construction de son cadre théorique et de ses usages pratiques ; pour autant, notre approche et nos usages sont encore souvent limités par la vision étroite que nous avons de lui (usage limité à l’élaboration de bases de données, à un simple affichage des résultats de la recherche, etc.). La MSH Sud entend ici encourager les projets développant une approche théorique et un usage innovants du numérique, prenant la mesure de l’enjeu majeur qu’il représente aujourd’hui pour la pratique scientifique, tout particulièrement en SHS :

  • Depuis l’élaboration des méthodologies d’enquête et l’élargissement des réservoirs possibles de données (problématiques des modes de construction et d’utilisation des big data, usages, mésusages et limites) ;
  • Aux enjeux de la conservation, de l’interopérabilité, du partage et de l’accessibilité des données produites (en lien avec les TGIR Huma-Num et PROGEDO) ;
  • Et jusqu’aux nouveaux horizons d’administration des résultats et de leur évaluation ;
  • Sans oublier le travail sur le sens et les problématiques éthiques et réglementaires liées (sécurité et contrôle des données, protection de la vie privée, droit à l’oubli, etc.).