Appel à communication

Appels
Date: 15 janvier 2018 22:00

Lieu: MSH Sud, Site Saint-Charles 2 (arrêt de tram ligne 1 "place Albert Ier")

La société de production cède la place à une société de consommation, dans laquelle les loisirs gagnent du terrain. Le temps libre tend alors à se transformer en temps pour entretenir son corps et la « civilisation des loisirs » sécrète sa propre culture (Dumazedier, 1964). Les loisirs sportifs tiennent ainsi une place particulière dans notre société contemporaine. La "sportivisation" de la société, sur le plan culturel et économique, engendre une expansion et un renouvellement des formes de loisirs sportifs (accroissement du nombre de pratiques sportives et diversification des usages des techniques sportives), dans des logiques à la fois récréatives (Corneloup, 2011), de souci du corps (Rauch, 1988), mais aussi d'un rapprochement avec son environnement qu’il soit urbain ou naturel.
L'univers des activités sportives, combinant des lieux de destination et des activités motrices, ludiques et culturelles, se mêle à l’expérience du voyage ; métissage qui caractérise le tourisme sportif. Pigeassou définit le tourisme sportif comme un déplacement vers « une destination (organisatrice d’un espace-temps) sélectionnée pour participer à des phénomènes caractéristiques de la culture sportive ludique comprise comme expression d’une activité motrice et/ou de manifestations culturelles » (2000). Dans ce cas, qui est touriste sportif ? Qui est voyageur sportif ? Cette opposition récurrente (Urbain, 1991) a-t-elle d’ailleurs encore un sens dans l’univers sportif (Sobry, 2016).
« Dans une société réputée confortable, l’aventure est dans l’air du temps. (…) Sa nouvelle configuration et son influence sont considérables sur les pratiques de loisirs sportifs et touristiques » (Pociello, 1987). Mais plusieurs tendances touristiques sollicitant les loisirs sportifs s'organisent et s'opposent pour répondre à de nouvelles manières de penser et de vivre l’ici et l’ailleurs.
D'un côté, l’aventure a toujours stimulé l'imaginaire des individus par l’intermédiaire de récits. L’image de l’aventurier est souvent associée à celle de l’explorateur risquant sa vie pour parcourir le globe à la recherche d’espace vierge. Des voyages sur le thème de l’aventure sont ainsi demandés et commercialisés. Les expéditions commerciales sont « une modalité de loisirs et des vacances où l’on fait jouer les thèmes du risque et de l’imprévu programmé » (Ehrenberg, 1991). Les nouveaux aventuriers vont choisir une destination propice à l’exercice d'activités parfois extrêmes. Ces touristes déclarent rechercher à vivre des situations risquées qu’ils ne retrouvent pas dans nos sociétés contemporaines trop aseptisées (Barthelemy, 2002). Le tourisme d'aventure est devenu un « marché de l’extrême visant la mise en jeu de l’individu dans son expression purement personnelle » (Ehrenberg, 1991). Un tel engagement du corps (Routier & Soulé, 2012) allant parfois jusqu'à une prise de risque très importante interroge forcément.
De l'autre côté, un « tourisme contemplatif » et/ou écologique se développe pour prendre le temps d'instaurer « une sensorialité intimiste avec la nature et la culture » (Bourdeau, 1994). Dans ce registre émergent des modes d'exploration comme le slow tourisme qui consiste à choisir des moyens de transports moins polluants (vélo, roulotte, cheval, bateau à voile...) comme pour s'extirper d'une société de consommation jugée trop invasive. L’empreinte du touriste est minimisée. Tous ses comportements sont pensés pour pouvoir rentrer en communion avec ce qu’il observe (Corneloup, 2011). « La nature s’est réaffirmée comme un référent culturel et idéologique majeur pour les civilisations urbaines » (Bourdeau, 1994). Même si la logique touristique présentée ici est essentiellement contemplative et/ou responsable, elle n'en demeure pas moins engageante pour découvrir de nouveaux horizons, créant une forme d'aventure personnelle. Cette aventure est parfois exacerbée : voulant faire corps avec la nature l’ermite anachorète se réfugie dans la caverne, dans une cabane en bois à Walden pour Thoreau (2008), dans un canyon de la Sierra pour John Muir (2011) ou en Sibérie avec Sylvain Tesson (2011). L’enfermement dans la nature intensifie l’effet d’immersion. Dans l’univers à part du désert le nomadisme traverse de toute sa mobilité continentale : ainsi les full-timers du voyage est une « domestication d’un territoire sauvage » (Forget, 2012). Kenneth White (2007), dans son laboratoire cosmopoétique, retrouve en Rimbaud, Gauguin et Victor Segalen « les Finisterre de l’esprit » comme autant de tentation de dépasser l’Occident dans un orientalisme encore colonial. On comprend alors les propos d'Ehrenberg lorsqu'il dit que « Le progrès nous inquiète et le désert nous rassure » (1991).
L'ensemble de ces manières de vivre et de concevoir le tourisme sportif renvoie aux valeurs contemporaines d'un imaginaire où l'aventure, dans son acception la plus large et la plus diversifiée, est au centre d’une recherche de réenchantement du proche et du lointain. La fabrique du tourisme sportif serait-il le lieu d'une forme de résistance face à notre société contemporaine, c'est-à-dire un moyen (ludique et respectueux) de se réapproprier l'environnement, de le rendre plus habitable et par la même occasion de faire attention à sa propre santé ?

 

Email
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.